L’entreprise Septodont

Voici un article adapté paru dans le journal Usine Nouvelle, qui décrit le processus d’automatisation des tâches dans une usine de cartouches d’anesthésiants de l’entreprise Septodont : 


Le fabricant d’anesthésiant dentaire a remplacé le contrôle visuel par des machines automatiques. Une vingtaine de personnes ont été formées à leur nouveau métier. Après trois mois de formation, Olga Mougany est devenue conductrice de ligne automatique. Deux opératrices travaillent sous sa responsabilité. sur le même sujet “Au début, j’étais méfiante, je vérifiais que la machine faisait aussi bien le travail que moi… J’ai rapidement compris que sans moi, elle n’est rien… “

Depuis plusieurs mois, ce ne sont plus les yeux d’Olga Mougany qui vérifient la qualité des cartouches d’anesthésiant dentaire, mais ceux d’une mireuse automatique, dotée de onze caméras. Les 11 caméras de la mireuse vérifient la qualité des cartouches Arrivée il y a sept ans chez Septodont, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), Olga Mougany, 56 ans, a longtemps travaillé au mirage semi-automatique.

Avant les nouvelles machines, une cinquantaine de femmes – les hommes échouent aux tests de recrutement – se relayaient 24 heures sur 24 pour contrôler 100 % des cartouches à l’œil. “Elles doivent fixer leur attention sur 10 centimètres de loupe et faire un Z avec leurs yeux. Cela demande une grande capacité visuelle, elles ne peuvent pas accomplir cette tâche plus de trente minutes d’affilée”, explique le directeur des opérations du site, Jean-Marc Corde. Une concentration qui permet à une opératrice de contrôler 150 cartouches par minute.

Quand elles travaillaient sur les mireuses semi-automatiques, les salariées vérifiaient 150 cartouches par minute sous une loupe Après trois mois de formation par un ingénieur maison, Olga Mougany est devenue conductrice de ligne automatique.

 Au lieu d’user ses yeux derrière une loupe, aujourd’hui, elle se connecte à la machine, clique sur un onglet, affiche les images prises par l’une des caméras devant lesquelles les cartouches défilent, alerte éventuellement les ingénieurs sur un dysfonctionnement. “Cela m’a permis de développer mes compétences – j’ai eu un bac scientifique au Congo-Brazzaville –, précise la salariée. Et d’être responsable des deux opératrices qui travaillent dans mon équipe, ce qui me plaît beaucoup. C’est un autre métier ! “

Les 11 caméras de la mireuse vérifient la qualité des cartouches

Depuis 2016, une nouvelle ligne remplit 600 cartouches par minute, contre 240 sur chacune des deux lignes anciennes. Pour que le contrôle suive le rythme de la production, Septodont a investi 5 millions d’euros dans l’achat de deux mireuses automatiques. L’une est en fonctionnement depuis 2017, l’autre le sera dans quelques mois. De nouveaux métiers apparaissent ” Au début, il y avait une réelle appréhension des équipes à travailler sur les machines, raconte Sébastien Fonbonne, responsable de production. Nous avons fait appel à un cabinet pour nous aider à conduire ce changement. Et une opératrice du mirage est partie quinze jours au Danemark pour être associée au choix des machines. “

Les premières salariées à se former à la conduite de ligne ont été des volontaires, comme Olga Mougany, qui a tout de suite senti que c’était l’avenir. “Elles ont vite rapporté aux autres que le travail était moins pénible”, poursuit Sébastien Fonbonne. Ce qui a levé beaucoup de réticences. Au total, vingt collaboratrices ont suivi trois mois de formation pour se reconvertir. Quatre sont des responsables, comme Olga Mougany, les autres sont devenues manutentionnaires, chargeant et déchargeant les cartouches à l’entrée et à la sortie des mireuses automatiques.

Une équipe de trois personnes fait tourner une mireuse automatique, une conductrice de ligne et deux opératrices sont affectées à la manutention Avec la mireuse automatique, trois personnes font le travail de neuf.

En 2018, en dépit de son automatisation croissante, Septodont a créé 30 nouveaux emplois en CDI. ” Nous supprimons des métiers, mais nous en créons d’autres, qui n’existaient pas il y a cinq ans, dans l’instrumentation, la maintenance industrielle informatique, analyse Jean-Marc Corde. Auparavant, les process, morcelés, demandaient peu de compétences. Aujourd’hui, certaines conductrices de ligne sont appelées à faire de la maintenance.”

Une équipe de trois personnes fait tourner une mireuse automatique, une conductrice de ligne et deux opératrices sont affectées à la manutention

Au premier étage du bâtiment de production, un long couloir vitré donne d’un côté sur les lignes de remplissage, de l’autre sur un square et un couloir de bus. Avec son usine en pleine ville, Septodont est solidement implanté dans son environnement. L’entreprise soutient d’ailleurs une formation gratuite au numérique pour les décrocheurs du coin. Olga Mougany sourit, désormais, de ses craintes initiales : “Maintenant que je connais bien ma machine, nos relations sont meilleures ! “

 Cécile Maillard, publié le 26/03/2019 À 09H00. Photos Pascal Guittet.


Cet exemple met en valeur tous les enjeux autour de l’automatisation et permet de mieux comprendre les difficultés. En effet on voit que dans ce cas précis, l’automatisation a permis d’adapter un travail manuel épuisant et très exigeant pour le rendre plus efficace et plus agréable pour les employés. De plus, la problématique du coût des machines et des formations est très présente, que seules les grosses entreprises peuvent payer.

On peut également noter la perception du changement par les employés : tout d’abord la crainte de perdre son emploi, puis la nécessité de se former à de nouvelles machines et techniques pour rester compétitif. Ce sont des contraintes que tout le monde n’est pas prêt à accepter : difficile de changer du tout au tout le métier de quelqu’un qui est au même poste depuis des dizaines d’années et qui a ses habitudes et sa manière de travailler.

Pour finir, dans cet exemple les salariés ont pu, grâce à cette formation, gagner en compétence et leur poste a évolué : leur salaire a augmenté, de même que leurs responsabilités. Cependant, on peut voir qu’ « Avec la mireuse automatique, trois personnes font le travail de neuf » : il y a bien une réduction des effectifs, pas forcément en licenciement brut, mais la machine semble bel et bien vouée à prendre une place de plus en plus importante dans notre société.